Le préambule :
Vacances 2020 à SAVINE LE LAC à
côté d’embrun. On avait choisi ce spot, car j’avais envisagé de refaire
l’Embrunman cette année, 20 ans après la première fois. J’avais très vite vu
que ma forme physique ne me permettait toujours pas de partir sur un
entrainement conséquent et avais abandonné le projet. L’annulation, finalement,
de l’épreuve, ne m’a pas fait regretter ce choix. Sur place, c’est l’occasion
de faire découvrir ce site à ma biquette et de refaire, en plusieurs parties,
le parcours vélo, juste pour le plaisir (j’avais enfin réussi à me détacher de
l’idée de le refaire). Quel parcours magnifique, dur, mais magnifique. Certains
cyclistes qui me doublent (et j’en ai pourtant l’habitude) dans les cols avec
une facilité déconcertante me font rêver. Un nouvel objectif : savoir
grimper !!
L’ascension du Tourmalet par Loïc
pendant ses vacances ne fait qu’accroitre cette envie.
Pour ce faire, il faut progresser
en vélo. Un nouvel objectif : arriver à ressortir avec le groupe
1 !!!
De retour dans nos contrées, les
parcours vélo me paraissent forcément plus fades et m’amènent à me dire « j’étais bien là-bas, je me sentais bien »,
et ce, malgré les pourcentages parfois irréguliers et souvent élevé. L’idée de
refaire l’Embrunman recommence à germer… Nous sommes fin septembre et le temps
de préparation me semble parfait. De plus, l’année 2021 me parait idéale :
ce sera l’année du buffle, mon signe astrologique chinois (si ça se solde par
un échec, je ferai un procès à Aline), Romain aura 30 ans et Jérémy 27, les
âges que j’avais lors de mes deux participations…
Objectif numéro 1 : régler
mon problème d’insomnies à répétitions qui me détruit depuis 5 ans et m’a fait
vivre une vie de zombie. Tant que ce ne sera pas réglé, rien ne sera possible.
La préparation :
La graine de cette échéance au 15
aout 2021 est semée, maintenant il faut la faire pousser. Avec des tuteurs
suffisants. Mon attachement à cette épreuve est trop fort. J’en suis tombé
amoureux en 1993 lors de ma venue pour le triathlon M et cet amour dure encore,
même si j’ai pu en être finisher par deux fois. J’avais depuis tourné la page,
mais ma licence au GIROU pour la saison 2016 en vue d’en refaire un avec mes copains
de RAMBOUILLET avait relancé la machine. De plus, avec les Pyrénées à côté,
c’est le terrain rêvé ! Lors de l’achat de mon nouveau vélo, le critère
était simple : Je ne veux pas un vélo de contre la montre, mais un vélo
polyvalent et adapté à la montagne ! Je m’étais toujours dit que si je le
refaisais, je viserai les 14h (natation : 1h, vélo : 8h et le reste
pour les transitions et le marathon). Mais ma tentative très tôt avortée en
2017 laisse des traces… Pour assurer une préparation sereine, il a donc fallu démystifier cette épreuve sans jamais la
sous-estimer.
C’était la première barrière à
lever pour que les nuits ne s’en trouvent pas perturbées. Reste à travailler la
limitation du stress et des angoisses, et la baisse des exigences…
Mon niveau de vélo est très bas,
celui de la course à pied, pas beaucoup plus haut (mais m’inquiète moins). Une
volonté : tout remettre à plat.
Natation : changer la prise
d’appui, ne plus nager en force en crispant les épaules
Vélo : travailler le coup de
pédale pour ne plus être en constante économie et gagner en rendement
Course à pied : raccourcir
la foulée et accentuer la propulsion
Le but est clair dans les trois
sports : rechercher le relâchement pour retrouver des sensations
C’est une véritable remise en
route qui se fait dès fin septembre avec des séances à allure modérée, mais je
n’arrive pas à enchainer plus de 3 jours de suite. Pas de pression, je fais des
journées off dès que j’en ressens le besoin, d’autant plus avec le jeun
intermittent la semaine. Je privilégie néanmoins les séances vélo. Il faut que
j’accumule les bornes pour pouvoir envisager des sorties longues en avril et
commencer le dénivelé en mai. La courbe de poids descend régulièrement (-400g
par semaine). Etant parti de 79.5kg (ayant même frôlé les 80), j’arrive
rapidement à la cible de 76. Et ça descend encore…
Comme l’objectif se précise de
plus en plus, mais reste encore « secret », je supprime le partage
d’activité sur GARMIN. J’ai besoin d’être dans ma bulle. Lors des sorties vélo,
mon compteur est en veille (ce qui me vaut quelques chambrages de Jocelyn). Pas
d’affichage des données pas de pression… Je roule au feeling et à 98%, sur le
petit plateau (encore du chambrage de Jocelyn…)
Janvier : début du plan d’entrainement sur 20 semaines pour
préparer le L d’Hourtin. Premières séances structurées. Pour limiter le stress,
je les organise au jour le jour. Aline a donc « interdiction » de me
les énoncer chaque semaine (elle a dû en supporter des psychoses ma biquette…).
Les contraintes ne me permettent pas de faire plus d’une séance de natation par
semaine. Aux deux séances de vélo du plan, j’en ajoute une troisième (remplacée
par une séance d’intensité sur home trainer en cas d’impossibilité), toujours
dans le but de faire des bornes. Pour la course à pied, je suis le plan et ses
deux entraînements hebdomadaires. Les semaines
et week-ends commencent à être bien remplis… Mais tout se passe bien. J’y
prends même un certain plaisir. Bref, je commence à y croire.
Avec ce plan, ce sont les réels
débuts de la préparation. Les sorties longues en vélo, les séances d’intensité
en course à pied. La fatigue se fait ressentir à tel point que certains
dimanches matins, aller rouler trois heures me semble impossible. Ce n’est pas
l’envie qui me manque, mais j’ai l’impression que les muscles sont à bout. En
échangeant avec les copains du club, je comprends que cela fait partie de la
préparation. Pour la résumer, elle consiste à transformer son corps en machine
pour pouvoir le transformer ensuite en machine de guerre !! Il faut
accepter de faire les séances en état de fatigue. La fatigue, ce n’est pas
seulement pendant le sport, c’est tout le temps !! Aline gère de plus en
plus de choses dans notre quotidien, mais elle me soutient. Il est clair que ce
genre de projet sportif, l’entourage le « subit ». Je prends régulièrement
de la boisson de récupération POWERBAR (marque célèbre pour ses barres
énergétiques autocollantes) après les séances longues ou intenses.
Février : les piscines accessibles sont rares. Quelques
séances à CASTEX, puis plus le choix. Si je veux nager, avec les nouvelles
restrictions sanitaires et le couvre-feu, il faudra se lever à 6h pour être
dans le bassin de MONTAUBAN à 7h. Si un jour je pensais faire ça… Mais j’ai de
la chance, pour l’accès à ce bassin de 50m extérieur chauffé, je n’ai que 30min
de route et mes horaires de travail me le permettent. Il fait nuit, froid, mais
là encore, j’y trouve un certain plaisir. Je m’inspire du programme du plan
Half, une fois par semaine. Y croiser Maxence et Benoit de l’UNION, parfois
Jocelyn, puis plus régulièrement Marc me motive. Je ne suis pas le seul à
m’entrainer pour un objectif. Les séances se passent bien, les sensations sont
là, je sors souvent en me disant « quel kiff ! » je pense
sérieusement à m’inscrire (je lis régulièrement le règlement sur le site). En
même temps, si les délais d’inscriptions sont larges, Aline surveille la liste
sur le site de l’organisation et regarde les réservations de logements sur
place. Quelques-uns que l’on avait repérés sont déjà réservés. Une pression
supplémentaire…
Une semaine dans les Alpes avec
Christelle et Jérémy. Vacances, oui, mais sport quand même avec des
« balades » en ski de rando. et peaux de phoques. Ben m’a dit que
c’était le secret de la réussite J
Mars : Un contrat de boulot de 4 semaines à PAMIERS. La route,
la charge de travail, l’ambiance chez ce client, c’est usant. De plus, il faut
caler les séances avec le couvre-feu en vigueur. Je suis crevé, les insomnies
reviennent, je doute… J’arrive finalement à passer au-dessus et repars à l’assaut !
Lors d’une sortie vélo avec le Girou, Jocelyn me dit « tu as caché tes activités sur Garmin, mais
on peut voir tes bilans. Je vois que tu ne chômes pas ;) ». Je
garde encore le secret.
Début avril, je valide mon inscription !!!! Je voulais être dans les
900 premiers au cas où la jauge soit réduite à cause des restrictions
sanitaires (l’organisation l’a déjà limitée à 1200 au lieu de 1800). Reste que
ceux qui ont reporté de l’année précédente sont prioritaires et ont jusqu’au 25
mai pour confirmer. Je l’annonce à Ben, Eric et Alex (Dom étant déjà au
courant) sur notre groupe WhatsApp. Ça, il ne s’y attendaient pas… Mon niveau
de vélo augmente petit à petit, les charges passent et laissent de moins en
moins de traces. Pour la natation et la course à pied, ça progresse également.
Tout se passe au mieux !
Le premier test arrive le 8 mai : la ronde castraise, en
off... 145kms avec un D+ de 2100. C’est l’occasion de tester mes nouvelles
roues MAVIC avec cassette 11x28 achetées pour la montagne. Journée chaude et
ventée, je finis HS et déshydraté. Mais c’est passé !
Deuxième test le 14 mai :
triathlon L d’Hourtin, en off… avec Aline et Jocelyn, Marc, Jérôme et Igor nous accompagnant sur la partie vélo.
Natation glaciale, vélo inintéressant, mais très bonnes sensations en course à
pied. C‘est passé ! C’est l’occasion d’annoncer au GIROU que je suis
inscrit sur l’Embrunman ! (Jocelyn et les PICCI étaient dans la
confidence). Mes copains m’en félicitent, mais s’inquiètent de mon physique
athlétique maigrichon (je suis à 69kg). « Y a des plis à ta combi néoprène, c’est pas normal, personne n’a ça.. »
(Jocelyn). « Tu vas faire un stage
diététique chez Guigui pour te remplumer » (Loïc). « C’est trop tôt pour être à ton poids de
forme » (David). Mais je me sens bien,
et ne ressens pas de faiblesse à ce poids-là.
Les semaines s’enchainent et je
suis très content de la façon dont ça se passe, de ma façon de les aborder,
séance après séance. Le plan d’Hourtin étant terminé, je suis désormais le plan
de Guy HEMMERLIN que j’ai trouvé sur le site de l’Embrunman. J’y avais déjà
jeté quelques coups d’œil pour me rassurer sur les charges d’entrainement que
je faisais ces derniers mois. Toujours pour limiter toute pression, je
m’interdis de penser à la course, cette épreuve qui a « hanté » de nombreuses fois mes
rêves. Mais parfois, lors d’une séance de course à pied après le boulot, je me
dis « ouah, je prépare un Ironman ! ». Et quel kif !! Mais
un seul entrainement de natation par semaine n’est pas suffisant. Je fais
désormais 2 séances par semaine (le
mardi et le jeudi matin), 3 séances vélo et 3 séances de course à pied (dont
une enchaînée après une séance vélo) hebdomadaires. Les sensations sont toujours
là dans les 3 sports. Je vois bien que je ne suis pas rapide, mais je sens que
mon niveau augmente encore, petit à petit, et que je passe régulièrement des
paliers. Chaque entrainement me
satisfait pleinement et me rebooste. Sur les conseils de Loïc, je change mon
coup de pédale. Pour gagner en souplesse, j’ai tendance à trop descendre le
talon lors de la poussée. C’est plus économique, mais moins efficace et c’est
exactement ce que je voulais améliorer (merci Loïc !).
Fin mai, j’ai branché Christophe
sur la cyclo sportive de la Mountagnole (Tibo étant déjà inscrit avec un
copain). Aline s’est inscrite sur la version pour les filles avec Virginie.
Pour moi, ce sera l’Ariégeoise et ses 170kms et 3600m de D+. Première sortie
dans les Pyrénées avec Christophe pour préparer le coup de pédale. Col de Port
de Lers, col d’Agnes, col de Saraillé et col de Port (113kms et 2700m de D+).
Météo parfaite, paysages magnifiques. Un régal !!!
Arrive le mois de juin et le test
ultime de l’ariégeoise. Ce sera une course supplémentaire en off… La
préparation montagne s’était poursuivie avec un enchainement natation-vélo à
REVEL (78 kms et 1600m de D+) et un autre week-end à TARASCON (parcours de la
Mountagnole + plateau de Beille (145kms et 3100m de D+) sous une chaleur
écrasante).
Les 40 premiers kms sont communs
avec la Mountagnole, puis vient le moment de quitter Christophe, Igor, Tibo et
son pote. Petit coup de blues (et vent de face). Le parcours se poursuit dans
la vallée (qui me rappelle la vallée du Guil qui précède l’Izoard) avant
l’ascension du col de Pailhères par ROUZE et MIJANES. Je l’attaque peut-être un
peu fort… Il est dur, il fait horriblement chaud, mes bidons quasiment vides…
Je coince. Obligé de m’arrêter au refuge pastoral pour faire le plein et me
requinquer. Je repars, ce col est dur jusqu’au bout !!! Puis on bascule et
dès le bas, remontée par le col du Chioula. Il est régulier, le pourcentage est
abordable à avec une moyenne à 7.5% (sauf une portion à 10%) mais la grimpette précédente
a laissé des traces. Test passé. Difficilement, mais passé. Avec ma déconvenue
dans Pailhères je commande le soir même une cassette 11-30, ça me fera une
sécurité après le 28. Cette répétition générale me fait prendre conscience que
je ne suis pas rapide. Il me reste encore un mois et demi, mais je commence à
mettre de côté mon objectif de chrono. Je me sens et serai assez costaud pour
être en mesure de profiter et d’apprécier le parcours vélo de l’Embrunman, mais
de là à le boucler en 8h… L’objectif principal étant le premier des deux, ma
motivation reste intacte !
Juillet : une semaine de « vacances » à BAGNERES DE
BIGORRE. C’est aussi l’occasion de passer quelques jours avec Ben et de
partager mon aventure. Il sera là le 15 aout, sur sa moto. Il hallucine sur mon
appétit d’ogre (lui qui a commencé un régime aux calories limitées) mais mon
poids fleurte avec la limite basse de 68kg et il me faut des forces pour le
programme de cette semaine. La météo semble capricieuse à partir de lundi, donc on
profite du soleil le dimanche avec au programme : col d’Aspin, col d’Azet
et col d’Hourquette (115kms – 2700m D+ ).
Pour la suite, je vais suivre les conseils de Marc. Les montées de Luz Ardiden
mardi et Hautacam mercredi se feront avec du travail qualitatif en col
(4x20min). Jeudi, avec le passage du tour de France, nous allons au Tourmalet
par Sainte Marie de Campan en partant de BAGNERES DE BIGORE. L’objectif est de
le grimper avec intensité. Le public nous encourage et le camion de la caravane
me hurle dans les oreilles pendant les 10 premiers kms }~} Le sommet se mérite… Samedi, dernière sortie à BAGNERES. Aline a
choisi un parcours dans les Baronnies, pour moi, ce sera la boucle du Tourmalet
en montant côté LUZ SAINT SAUVEUR (100kms – 2400m D+). Dimanche enchainement 2h
de vélo + 2h course à pied.
Dernière semaine de juillet. « Charge le plus possible cette
semaine. Si ça passe, c’est bon » me dit Marc. Je passe le dernier
week-end du mois aux angles. J’y arrive le vendredi soir après un trajet en voiture
interminable et éreintant. Séance de 2h de course à pied autour du lac de
Matemale. Samedi, enchaînement natation (40min) + vélo avec un travail de
6x15min dans le col de la Llose. La nuit de samedi à dimanche se passe très
mal. Insomnie à 1h30 du matin, les muscles des jambes sont très endoloris, je
me demande ce que je fous là, sans ma biquette, seul comme un c… Bref, au petit
déjeuner, je me demande si je ne vais pas rentrer tout de suite. C’est ma
dernière sortie dans les Pyrénées, alors il faut en profiter. J’ai prévu de
faire le parcours du Half Altriman 2021 + col de Pailhères (120kms – 3000m D+) + enchainement course à
pied 1h. Si ça ne va vraiment pas, je ferai demi-tour, mais ça peut me
permettre de travailler la gestion du coup de pédale. Finalement, les
sensations sont bonnes, je me régale avec les paysages, j’arrive à me venger de
l’Ariégeoise dans l’ascension du col tant redouté. A 15kms avant la fin,
crevaison à l’arrière (j’ai pourtant des pneus Tubeless…). Ce sera l’occasion
de vérifier que l’on peut mettre une chambre à air. C’est fait, je repars,
finis la boucle, puis l’enchaînement. Je suis reboosté !!!
Plus que 3 semaines… Il faut une
sacrée motivation pour les entrainements après le boulot, sous la chaleur. Le
plan prévoit encore de grosses séances, mais lors d’une entrevue à la piscine,
Marc me conseille de commencer à lever le pied. Je fais tout de même une course
à pied avec 4x15min à 80%. Ce sera ma dernière séance d’intensité dans cette
discipline (j’en ai presque un pincement au cœur). La semaine se termine sur
une « invitation » de Marc à sa séance vélo. 2h30 avec 8x la côte de
GRISOLLES et des séries de sprint départ arrêté (une première pour moi). Depuis
ma crevaison, je me mets à redouter un incident mécanique pendant la course
(crevaison, casse de chaine, casse de câble…). La chaine vient juste d’être
changée, mais le moindre bruit m’inquiète. Le coach propose de jeter un coup
d’œil et me confirme que tout est OK.
Je fais un bilan de cette
préparation.
Natation : j’ai manqué de séances. Je n’ai pas travaillé la
vitesse (à 7h après le petit déjeuner, ce n’était pas évident).
Vélo : à cause de mon niveau trop bas (et mon manque de
confiance dans cette discipline), j’ai privilégié les kms. Je suis trop souvent
resté dans ma zone de confort et je n’ai quasiment pas fait de travail de
vitesse (elles m’ont manqué les séances avec le groupe 1). Je me suis
diésélisé… Mais avec mes nombreuses sorties en montagne, je me sens
costaud !
Course à pied : je pensais privilégier le fond, apprendre à
courir lentement, mais finalement les séances du plan Half et celui de Guy
HEMERLIN me plaisaient bien. J’ai fait du travail aux allures, puis au cardio.
C’était parfois violent, les séances de 2h laissaient des traces, mais je suis
confiant. Je me sens fort. Sur les derniers entrainements, j’ai travaillé la
résistance à la douleur. Il se pourrait que ce soit utiles…
J’ai surtout été épaté de ma ténacité
lors d’entraînements après le boulot, en fin de journée, sous la chaleur. Je n’avais
jamais lâché et les avais bouclés malgré l’intensité d’effort à fournir. Je me
surprends à avoir un mental, finalement…
Arrivent les vacances !!! A
J-8… Première semaine près du lac Monteynard au Sud de Grenoble. Séances
lights-plaisir. Footings, natation en eau libre et sorties vélo avec la montée
de l’Alpes d’Huez en vélo le dimanche et natation en eau libre avec
enchainement vélo et le col du Noyer le mercredi. Malgré les bonnes sensations,
cette dernière séance de natation me mine le moral. Je ne fais pas mieux que du
2min/100m, j’ai mal aux lombaires. En vélo, j’ai du mal à trouver un bon
feeling et mon coup de pédale. Je me sens fatigué, sans jus. C’est sans doute
la surcompensation de toutes ces semaines à fortes charges, mais je ne
m’attendais pas à descendre aussi bas. Il y a sans doute la pression qui monte
également. Je ne me sens pas stressé, mais l’échéance approchant à grands pas,
je ne dois pas m’en rendre compte.
Arrivée sur Embrun le 13 aout.
Notre appart est en haut du village, proche de la rue piétonne, sur une place
animée avec des restos. Très sympa ! Entre le retrait du dossard,
l’arrivée des potes, les premiers préparatifs, la journée passe très vite, trop
vite, je me sens toujours vaseux. Le soir, rendez-vous incontournable à
notre fief : l’Haccienda (qui a
changé de nom d’ailleurs et devenu un resto italien) pour un diner tous
ensemble.
Samedi 14 aout : Je n’arrive
pas à faire de grasse mat, je suis réveillé à 7h30. Ce matin, accompagné de Dom,
sortie vélo sur la corniche (on y croise un bon nombre de triathlètes) 1h
tranquille + 20min càp. Je me sens toujours un peu fatigué, mais les muscles
semblent bien répondre. Mon état ensuqué est bien dû au stress. Tentative de
sieste début d’après-midi. RatéeL.
Les pensées n’arrêtent pas de tourner… Préparatifs et dépôt du vélo au parc. La
température extérieure frôle les 36°C et le vent chaud accentue cet effet de
fournaise. Si c’est la même météo demain, on va mourir… Petite trempette et
quelques mouvements de crawl dans le plan d’eau pour se détendre. Dom m’annonce
une mauvaise nouvelle : ce soir, il y a un concert sur la place en bas de
chez nous. La nuit précédant une course étant rarement bonne, je ne m’inquiète
pas plus que ça. Retour à l’appart, surprise !!! Les murs sont
« décorés » de nombreuses photos et
messages d’encouragements. La famille, le Girou, les potes. Aline avait
tout organisé. Je suis touché et ému. Aline prépare les traditionnelles pasta
et la tortilla pour le petit déjeuner de demain matin. Entre les préparatifs,
le stress et les coups de fils des copains, la journée a filée et a été
éreintante. Il est déjà tard, je vais au lit un peu après 22h. Je suis crevé.
Je réalise que, finalement, je n’ai pas eu le temps de me poser ces 3 derniers
jours. J’entends la musique dehors, le
bruit me gêne un peu, mais sans plus. Cependant, impossible de trouver le
sommeil. Le concert se termine comme prévu à 23h. Il fait horriblement chaud
dans l’appart, mais si on ouvre les fenêtres, le bruit de la place et de ses
terrasses rend le sommeil impossible (malgré les boules Quiès). A 1h du mat,
alors que je n’ai pas encore fermé l’œil, Aline propose d’aller migrer dans la
voiture. Au moins on sera au calme, et au frais. La nuit devait être courte,
elle sera microscopique…
Le jour J :
Le réveil était mis à 3h, j’ouvre
les yeux à 2h20. Trop tôt, mais impossible de se rendormir. J’ai pu échapper à
la nuit blanche et pense avoir dormi un peu plus d’une heure. Aline, qui n’a
pas fermé l’œil, me dit que si j’ai dormi 45 minutes, c’est bien tout. De toute
façon, on n’y peut plus rien…
Retour à l’appart pour le petit
dej. de costaud : tortillas de patatas, gâteau sport et café !!!
Aline va se recoucher en attendant. Dehors sur la place, les conversations
philosophiques de nos trublions nocturnes. Je me sens bien. Ayant des doutes
sur l’autonomie de ma montre, je supprime tous les calculs (cadence, cardio,
auto Lap) et ne laisse que le GPS pour avoir le tracé complet en souvenir sur
GARMIN. Je sors faire un footing dans les ruelles d’Embrun. Par la fenêtre de
l’hôtel d’en face, j’aperçois un gars attablé pour son petit déjeuner. Vue sa
tête, il n’a pas passé une bonne nuit non plus… Il est 3h30, il fait nuit, c’est
désert, silencieux, surréaliste… Les muscles semblent OK !
4h30 départ pour le parc à vélo
avec Dom et Aline. Ils me déposent à l’entrée de l’allée du final. Dernier
bisou à ma biquette, le départ se faisant à huit clos. Je passe les deux contrôles
avant d’accéder au parc. Les bénévoles et les participants sont calmes. Tout se
fait de façon fluide. Comme il n’y aura pas d’échauffement en natation, ça nous
laisse un peu plus de temps pour nous préparer.
Je dépose mon sac de ravitaillement pour le sommet de l’Izoard. Il
contient 2 bouteilles de boisson Iso, une barre Cliff, une banane, des TUCs, un
substitut de repas, une part de gâteau sport, une compote buternut et deux
minis sandwichs. Arrivé à mon stand, gonflage des pneus, collage des Powerbars,
préparation des tenues vélo et course à pied, du ravitaillement (une barre
Cliff, une banane, une part de gâteau sport et une compote butternut). Autour
de moi les gars discutent, échangent. Je partage à distance ce moment avec eux,
mais moi, je n’ai pas de copains à côté cette année. Je bois régulièrement une
gorgée de boisson Isotonique pour préparer le premier effort. Le parc à vélo se
rempli avec ceux qui arrivent encore. Il est de plus en plus vivant, mais
toujours aussi calme. Tout est prêt, je m’assois sur ma chaise en attendant que
ma vague soit appelée (il y en aura 3, je suis dans la deuxième). Je fonds en larmes. Tant de temps que
j’attendais de revivre ça ! Il y a un peu de pression bien sûr, mais
surtout la joie d’être de nouveau sur cette épreuve grandiose et de pouvoir,
cette fois, bien en profiter. J’ai vraiment l’impression d’être à ma place.
Le départ de la première vague
est imminent, on nous appelle pour entrer dans le sas. Le public est loin mais
on les entend et le speaker fait monter l’ambiance. Ecore une bonne dose
d’émotions. Après le premier coup de feu, à notre tour d’entrer sur la plage
dans la nuit. Pas de précipitations, pas de bousculades, tout le monde semble
zen. Moi aussi. Je n’ai qu’une envie : en découdre avec l’Embrunman !!!
C’est parti, en petite foulées
jusqu’à l’eau, on remplit la combi et en avant pour 3800m. Une fois de plus, je
trouve facilement ma place. Passage devant le ponton sur lequel s’amasse comme
chaque année une foule de supporters. On les entend crier, applaudir pour nous
encourager. Je fais des signes au cas où ma team soit là. J’ai beau regarder à
plusieurs reprises, je ne les vois pas (difficile dans la nuit). Je sens que je
nage un peu trop vite, pris dans l’euphorie. A la première bouée, le jour commence
à se lever. Mais mes bras sont chargés, les lombaires tirent un peu. Je diminue
immédiatement le rythme en gardant les mêmes bonnes sensations.
Deuxième boucle et deuxième
passage devant le ponton encore bondé. Cette fois il fait jour, mais je ne distingue
toujours personne. A chaque respiration, j’admire les montagnes environnantes,
baignées du ciel rosé de l’aube. Je suis en train de faire l’Embrunman !!!
Dernière ligne droite. Un arrêt
pipi (je n’ai pas réussi en nageant) et je repars. Les derniers 200-300m seront
souple afin de vraiment s’économiser.
Tant pis pour le chrono, je m’attends à une sortie en 1h18. 1h06 et quelques
finalement !!! Et je sors frais ! Mais aïe, crampes aux cuisses et au
mollet gaucheL.
Je me souviens des conseils de
Christophe Guillamet. Arrivé à mon stand, je mange 4 TUCs. J’enfile ma tenue,
on se souhaite mutuellement bonne course avec mes voisins de parc sortis dans
le même temps et zou ! 200m de plat et virage à gauche pour attaquer
direct la première difficulté du parcours : la côte de St Apolinaire, 8-10
bornes avec un pourcentage irrégulier et parfois élevé… Les muscles répondent
parfaitement, le cardio ne monte pas, tout est OK. Je rêvais de cet état, mais
je ne m’enflamme pas car je me sens toujours au bord des crampes. Je m’applique
à mouliner en me calquant sur ceux qui me doublent, sur ceux que je double
(oui, il y en aJ). Dom et Séverine en bas,
Aline et Ben dans le haut de la côte, ma team est là !!! Et je suis très
heureux de partager ce moment avec eux. Très vite on surplombe le plan d’eau et
on peut voir les derniers nageurs qui en finissent. Je me rabats un peu trop
tôt sur un concurrent que je viens de doubler, je m’excuse. « Pas de souci ». Aucune
nervosité, chacun est dans son effort, mais avec les autres. On profite tous de
cette épreuve. On profite également de cette fraicheur matinale car les
températures annoncées pour l’après midi frôlent les 35°C. Je discute avec un
gars qui le fait pour la première fois et lui explique les
« subtilités » du circuit (on se recroisera deux ou trois fois avant
l’Izoard). Passage à 25% et bientôt la bascule. Mes jambes semblent déjà saturerL. Je m’hydrate et
m’alimente régulièrement, mais je commence à m’inquiéter. Descente sur SAVINE,
le panneau des kms restant à faire affiche 140… Mes supporters sont là, alors
GO. Je fais du Jean plaque. Mais dans la petite montée, les cuisses crient au
secours, je les détends comme je peux. J’ai l’impression que mon corps va
faillir, que dans cet état, il va se mettre en croix dans l’ascension de
l’Izoard, dans 45 kms. Pas le choix, il faut s’économiser, ne pas lâcher…
Retour sur Embrun avec le passage
du rondpoint de BARATIER. Ambiance Tour de France !!! Une foule de gens de
chaque côté de la route acclame les concurrents. Autant dire qu’avec les
frissons et la poussée d’adrénaline, cette petite montée, on ne la sent pas du
tout. Puis c’est la corniche qui nous emmène jusqu’à GUILLESTRE. C’est une
portion agréable, mais le vent s’est levé et il est de face. Vu mon état, je
mouline, quitte à laisser filer les « groupes » que je côtoyais
jusque-là. J’ai l’impression d’être planté. Je m’arrête au stand de
ravitaillement faire le plein de mes bidons avant la route vers GUILLESTRE afin
d’être tranquille jusqu’au sommet de l’Izoard. Mes supporters sont là
(décidément, ils sont partout !!). « Je me battrai jusqu’au bout ! »
Montée de GUILLESTRE, puis la
vallée du Guil. Ce passage m’a toujours paru interminable. On n’attend qu’une
seule chose : le mythique col hors catégorie. Sur cette route étroite,
d’un côté le Guil, de l’autre la montagne, il fait frais. Quelques tunnels à
passer, là ou Dom m’avait à chaque fois repris en vélo en 2000 et 2003. Et au
dernier tunnel, qui me dépasse en voiture avec Aline? Dom !!!!
Décidément…
Virages en S au monument au mort
avant l’Izoard. Ils sont tous là : Aline, Séverine Ben et Dom. Je les vois
de loin et entends de loin leurs encouragements (inspirés de Marc Madiot). Les
autres concurrents sont admiratifs de la présence de mon clan. Virage à gauche
et c’est parti pour un peu plus de 15 kms de grimpette. Dans mes pensées, mon
objectif de savoir monter un col revient. Ce n’est pas un entrainement, il n’y
a qu’un seul essai, il ne faut pas le rater. Le coup de pédale va bien, c’est
le principal. L’effort est modéré jusqu’à Arvieux, puis Brunissard (ligne droite avant l’entrée dans les sapins) ou
le pourcentage passe les 10%. Tout le monde est planté dans cette partie. Là,
pas d’hésitation, je passe le pignon de 30 que je gardais en sécurité. Je monte
à un rythme sur, sans subir chaque coup de pédale. Je fais mon ascension !
Et je double même quelques concurrents ! Avant la casse déserte, j’entends
des encouragements dans une voiture qui me dépasse. Je reconnais la voix, c’est
Igor !!!! Quelle belle surprise ! Il avait fait 4h de route au risque
de me rater (la circulation est interdite dans le sens inverse de la course, ce
qui oblige à faire certains détours…). Casse déserte, petite descente, puis
derniers lacets et c’est le sommet, il est 12h05. Arrêt au stand pour faire le plein avec mon
ravitaillement sur place. J’ai du mal à repartir…
Descente à fond (la route est belle et libre de
circulation), mais vigilance tout de même. Un gars a fait une chute dès les
premiers virages. Les pompiers sont avec lui, est salement amoché… Après
BRIANCON, Les courants ascendants ont fait tourner le vent. Il est chaud, de
face… les coups de pédales font mal. Je vois des étoiles dès qu’il faut fournir
un effort… Je pensais avoir parfaitement géré le col, mais j’y ai laissé des
plumes. Le moral est au plus bas. Autre signe d’alerte : un point dans le
milieu du dos. En général quand il arrive celui-là, c’est déjà trop tard… Je me
dis avec regrets que visiblement, cette fois, je n’arriverai pas à finir. Ca me
rappelle 2003 ou j’étais arrivé à la côte de PALLON cuit, pensant mettre le
vélo dans la voiture pour rentrer… La voici justement…
Une rampe de 1km700 m en plein
cagnard à plus de 10,7% de moyenne et un passage à 14%. Mes suiveurs de choc
sont là. Là, le coup de pédale est laborieux, un gars me double en montant en
zigzag sur la route. « Si, si,
t’avance bien, je n’arrive pas à te rattraper en marchant » Je ne peux
pas rire à ces encouragements de Dom, mais il est sûr de son humour détonnant
et sait que j’y suis sensible (et assez fort pour ne pas mettre pied à terre à
ce moment-là). Ma biquette est inquiète. Pause sandwich en haut. En regardant
ma cassette, je vois que je suis resté sur le pignon de 28 alors que je pensais
être sur le dernier (30). Quel boulet !!! Je ne serai pas monté plus vite,
mais j’aurai pu gérer le coup de pédale. J’échange avec Séverine et Ben. C’est
vraiment dur cette course. Le chrono est définitivement oublié. David passe, je
l’encourage, il me répond (il ne s’en souviendra pas lorsque je lui en parlerai
après la course).
Je n’ai pas de souvenirs précis
de ce retour, surement parce que mes supporters n’y étaient pas…. Je me sens à
bout et le souvenir du L de l’Altriman pour lequel, pour la première fois de ma
« carrière », il m’avait été physiquement impossible de finir,
revient dans mes pensées. Le public est présent dans chaque patelin que l’on
traverse, les mamis papis devant leurs portes nous encouragent, les bénévoles à
chaque ravitaillement sont toujours gentils, calmes et attentionnés. Alors on
se dit qu’on a la chance de faire cette course exceptionnelle ! J’ai passé
David qui fait un arrêt au stand après Pallon, puis l’altiport est ses planeurs
ou on est planté face au vent, la corniche (je suis depuis un peu plus de 7h
sur le parcours vélo et il reste une trentaine de kms. Je vais frôler les
9h L),
les autres concurrents sont aussi à la peine que moi. Les barres Cliff, mainte
fois testées me créent des ballonnements et des douleurs au ventre de plus en
plus soutenues (elles ne me vont pas sur un effort aussi long visiblement). Remontée
sur EMBRUN ou je croise les premiers qui sont sur leur troisième tour du
marathon, en plein cagnard. « Non,
non, ça, je ne le fais pas moi après… ». Je suis cuit. Il faut encore
monter, tout en haut du village, puis la côte de Chalvet (ma préféréeJ) sous la chaleur
écrasante. Et je monte, je ne pense plus à rien, je subis les pourcentages. Un
gars est sur le côté, il vient de casser sa chaine, la tuile. Deux concurrents
se sont arrêtés et le dépannent avec un outil adapté. J’attends les lacets
entre les pairies et l’arbre près de la fontaine, mais pour l’instant ce sont
des rampes droites et raides, sous le soleil, sans air. Mon endroit préféré se
trouve en fait tout en haut (satanés souvenirs !!!!). Je salue et remercie
les spectateurs encore présents et qui m’encouragent, puis c’est la bascule.
Prudence dans la descente, c’est une petite route chaotique de montagne, puis
dans les lotissements d’EMBRUN ou le revêtement y est encore pire. Je rentre au
parc dans un état que je ne saurai décrire. Un mélange de douleurs, de soulagement,
de fierté et d’inquiétude…
Sur le chemin de mon emplacement,
un jeune Kiné me demande si je veux me faire masser. Pas d’hésitation, massage
des cuisses et des cervicales. Quelques concurrents sont sur assis sur leur
chaise, ils ne partiront pas sur le marathon. Le temps de mettre la tri
fonction du GIROU, chausser la casquette, d’envoyer un message à mes suiveurs
WhatsApp, ma transition fera 20 minutes (comme en 2000 !!!). Mais la
question n’est pas au chronomètre. Peut-on courir après presque 9h de vélo et
ses 4500m de D+ ??? Premières foulées économes, ça a l’air de passer.
Puis, juste après la sortie du parc, une douleur au flanc droit qui
s’intensifie à chaque impact au sol. Impossible de continuer en courant. En
même temps, je ne me vois pas marcher non plus pendant 42kms… Je viens de
passer un banc sur la digue. Je m’assois et je m’étire le bassin. Lorsque je
repars, la douleur s’atténue, puis disparait. La chaleur est encore écrasante,
je trempe la casquette rose empruntée à Aline (elle me vaudra un commentaire de
félicitation de choix de la couleur d’un groupe de jeunes du public) dans le
premier bac d’eau. Je croise David qui a déjà fait le demi-tour au bout du plan
d’eau (il a fini le vélo juste après moi, mais a du faire une transition plus
rapideJ).
Il a une belle allure. Lorsque je repasse au même point au retour, je regarde
ma montre, il a 13 minutes d’avance. Mais je reste dans ma bulle avec
l’objectif qui me fait rêver : courir le plus longtemps possible, le plus
lentement, mais le plus possible.
Au bout de la digue, mon staff
est là. Ben me demande comment ça va. Ma réponse est brève : « C’est inhumain ! ». Je ne dis
pas ça parce que je souffre (ça va même plutôt bien), mais parce que l’effort
accompli et celui qui me reste à faire est tout simplement monstrueux !
Premier ravitaillement, je fais
une petite halte. L’organisation nous avait fourni de gobelets pour faire le
plein de liquide à chaque poste, mais je n’en ai pas pris, les trouvant
encombrants et pas pratiques. Je pensais que ma flasque de 250ml allait me
suffire, mais c’était une erreur. Je ne peux que trop difficilement varier les
boissons. Ce stand est au pied de la terrible montée qui nous amène tout en
haut d’EMBRUN. Je repars sur ma lancée et trottine. Je ne vais pas beaucoup
plus vite que ceux qui marchent mais à ce rythme j’arrive à m’économiser.
D’autres font comme moi (mais je les double !!!).
« Qu’est-ce que tu fous là ? Tu vas trop vite ! » Ma
team était montée directement de la digue et pensait m’attendre tranquillement
en bas de la rue piétonne, mais ils ont bien failli me rater. Ben est obligé de
courir pour me rattraper (cette fois, il n’a pas eu le temps de s’allonger par
terre pour faire des photosJ).
Je les sens rassurés et admiratif de mon entame de marathon. Je leur
demande s’ils ont un gobelet… La ruelle
est bondée de gens qui sont en terrasse ou se baladent qui ne manquent pas
d’encourager les participants. Et avec le moindre signe à leur égard, on reçoit
le double, le triple !!! Encore des doses d’adrénaline qui donnent des
frissons. C’est ça l’EmbrunmanJ !
Dans la descente, je ne m’enflamme pas. En 2000, j’étais aussi bien et j’avais
lâché les chevaux. Je l’avais payé 2kms plus tard, allongé dans le fossé. La
ligne droite en bas de la ville est en plein soleil. Le ravitaillement au bout
est le bienvenu. J’y retrouve mes supportersJ.
Un gâteau de riz me tend les bras
(j’ai un creux à l’estomac), je le gobe. Dom m’a passé un bidon vide. Je m’en sers
pour boire un ou plusieurs verres à chaque fois. La Saint Yorre passe vraiment
bien !! Marc m’avait conseillé le coca en cas de besoin, mais de ne boire
plus que ça ensuite. J’alternerai entre les deux avec le bidon et dans ma
flaque, je ferai le plein de boisson isotonique à chaque fois, pour pouvoir boire entre les stands. Ce sera mon protocole
tout le marathon. Pour le solide, je ferai selon le besoin ressenti. Gels,
barres énergétiques, bananes, oranges, pain d’épice, il y du choix !
Je repars, toujours au même
rythme. « Bravo, belle allure »,
ces encouragements du public me rassurent et me confortent dans mon objectif.
Je double régulièrement des concurrents, ceux qui marchent et ceux qui courent
moins vite que moi (certains ont des accompagnants pour les soutenir). Mais que
ça me parait long ces 14kms… Et il va falloir le faire trois fois…
Retour sur la digue ou le public
est dingue. Les gens lisent le prénom du dossard pour lancer les
encouragements. Ca fait son effet. Passage sous le pont, on tourne à droite et
c’est la zone d’arrivée pour prendre le premier bracelet. Je regarde le
chrono : 1h24, je fais du 10kms/h, c’est plus que parfait pour moi. Et
c’est reparti pour un tour !!
Sur l’aller et retour de la
digue, je recroise David. Je lui ai repris du temps, mais ça commence à bien
tirer dans les jambes. La deuxième montée d’EMBRUN se passe toujours bien. Dans la descente, je
croise et encourage des concurrents à vélo. Ils savent qu’ils sont hors délai
pour la course depuis longtemps, mais mettent un point d’honneur à boucler ce
monstrueux parcours. Ils ont tout mon respect. Un concurrent qui est dans son
troisième tour titube, puis s’arrête. Il a des crampes. Je l’encourage « Accroche toi, l’arrivée est proche ».
Il faut être vigilent et se préserver jusqu’au bout sur cette satanée course…
Dans la ligne droite en bas, le
soleil a bien baissé, la température est beaucoup plus agréable. Je reprends
David juste avant le ravitaillement. Evidemment il souffre un peu, mais est ravi
de participer à ce triathlon. On est tous les deux sur des bases pour faire
moins de 5h au marathon (j’espère même 4h30), mais ce qui est sûr maintenant,
c’est qu’on sera finisher !!! Notre but : aller chercher le deuxième
bracelet pour profiter du dernier tour. On repart ensemble et on échange sur
nos ressentis.
« Heureusement que je n’avais pas mon téléphone en vélo, sinon je me
serai arrêté pour faire des photos ». Il est épaté de cette épreuve et
de l’ambiance. Elle est dure, mais elle est énorme ! En parlant, ma
douleur au flanc revient. On s’encourage pour la fin et je reprends mon rythme.
C’est fait, j’ai le deuxième
bracelet !!! Je pars sur ce dernier tour et je veux en profiter !!!
Au demi-tour, aux croisements, aux ravitaillements, je remercie les bénévoles.
Cette course extraordinaire, c’est aussi grâce à eux. Celui à la bifurcation de
la digue me lance « Allez, à tout à
l’heure pour l’arrivée ! ». Au stand en bas de la côte, mes
jambes titubent dès que je m’arrête, je me tiens à la table. Je me souviens
d’Eric en 2000 qui avait été stoppé par le staff médical au 36ème
km. Les bénévoles sont inquiets, mais je leur dis que ça va. C’est faux… Dès
que je lâche la table, j’ai du mal à tenir debout. Je repars en marchant, un
peu plus que sur les deux premiers tours, puis recommence à trottiner dans la
côte. La douleur musculaire des cuisses est de plus en plus intense à chaque
redémarrage. Je pense que je vais m’écrouler une fois la ligne d’arrivée
franchie. En attendant, je cours ! Il faudrait presque éviter de
s’arrêter, mais les ravitaillements sont nécessaires (le solide ne me fait plus
trop envie, je n’arrive à manger que des oranges et les bananes).
La rue piétonne. Un groupe fait
un boucan d’enfer à chaque passage de concurrent. Je fais un signe, le poing
serré, ils redoublent d’encouragement et les gens aux terrassent suivent. Quel
kiff !! La descente, la ligne droite, ça se rapproche... Ma biquette est
là, elle reste à mes côtés quelques foulées le temps de la rassurer sur ma
condition, puis me laisse dans ma course. Il fait frais, le jour commence bien baisser. Si j’avais oublié dans l’effort
l’objectif de chrono final, il me revient le challenge de finir de jour, avant
21h. Dans la petite côte de la boucle avant le retour sur la digue, je rattrape
un groupe de 3 coureurs et leurs accompagnants. Ils discutent, se racontent des
anecdotes. C’est plutôt sympa, je pourrais rester avec eux pour assurer le
final, mais j’ai envie d’être au calme, seul, pour profiter pleinement de ces
derniers instants de mon Embrunman. Quelques gouttes de pluie tombe deci-dela.
Je passe le dernier
ravitaillement sans m’arrêter. Ça tire toujours dans les jambes mais elles sont lancées. L’arrivée
n’est plus très loin, alors je peux lâcher les chevauxJ (ceux qu’il me reste), en
savourant chaque endroit, chaque mètre, chaque seconde. Passage sous le pont,
petit bout de digue, puis à droite dans le sous-bois. Je salue et remercie le
bénévole de tout à l’heure, le dernier... J’entends le speaker de l’arrivée. Le
sentiment de satisfaction, joie et de fierté est bien là dans ces derniers
mètres avant la dernière ligne droite. Le S à l’entrée de la piscine, virage à
gauche et le final, les 100m de tapis bleu ! Cette fois, je cours dans
l’allée de droite, c’est l’allée de l’arrivée ! Malgré les restrictions,
le public est venu. Ma team aussi !! Je les vois derrière le grillage et j’entends
les derniers encouragements de ma biquette, Séverine Dom et Ben. Je lève le
bras, le poing serré. Je vis ce moment avant de passer la ligne qui clôturera
cette journée inoubliable, ces semaines d’entraînement, ces mois de
préparation, cette année de bonheur, cette épreuve extraordinaire. Je ne
regarde même pas le chrono, mais ma montre a tenu ! (j’ai couru le
marathon en 4h28 pour un temps total de 14h51). A ma grande surprise, je tiens
sur mes jambes et peux profiter encore un peu de ces images, de cette ambiance.
Je suis même interviewé.
Je passe prendre mon T-shirt et
ma médaille de finisher mérités, puis direction le bar. Chaque concurrent a le
droit à une barquette de frites, un sandwich salé et une bière. J’y ai souvent
pensé pendant la course, c’était même un objectif supplémentaire pour finirJ. Je trouve une chaise,
met un certain temps à m’assoir, mais malheureusement, je suis un peu en vrac
et saturé de tout ce que j’ai dû ingurgiter et la bière ne passe pas. David me
rejoint, il vient de finir en un peu moins de 15h et moins de 5h au marathon.
Quel exploit pour une première participation ! La pluie commence à
s’intensifier, il vaut mieux plier les affaires au plus vite. Je suis
frigorifié. Heureusement, j’ai ma serviette poncho qui m’a servie à me changer
lors des transitions.
La sortie du parc se fait comme
pour l’entrée le matin même, dans le calme. Une fois encore, je remercie les
bénévoles, eux me félicitentJ.
Je me retourne une dernière fois sur le parc à vélo, sur l’aire d’arrivée
illuminée ou certains en finissent avec leur course avec la même émotion que
nous tous au passage de la ligne. J’ai un peu de mal à quitter l’endroit… Rendez-vous
dans deux ans !!! Je retrouve mes supporters de choc, on rentre à
l’appart. Le temps de me doucher, de grignoter quelques trucs et je file au
lit, je suis épuisé. Ah quel dommage, il n’y a pas de concert ce soir J…
Epilogue
Bon, visiblement, je n’ai pas mis
très longtemps à m’endormir…
Je me réveille, il fait encore
nuit, j’ai mal aux jambes… Il est 5h30. Je réveille ma biquette (sans le faire
exprès). Elle comprend rapidement que sa nuit est finie à elle aussi, j’ai envie de discuter…
On envoie un message à Ben car il hésitait à passer ce matin car il voulait partir tôt. On descend chercher du pain et des viennoiseries. Mon pas dans les escaliers est lent et prudent, mais pour le reste, ça va. Petit déjeuner avec Séverine, Ben et Dom qui ne partira que demain. C’est un plaisir de les avoir encore avec moi ce matin. Ca prolonge l’ambiance de l’Embrunman, et ça nous permet d’échanger sur cette magnifique épreuve, les moments furtif ou on s’y est croisé hier, leurs kms parcourus en moto, voiture et à pied pour me suivre. Eux aussi ont passé une longue journée. Mais que d’émotions !!! Le constat est clair, tant que cette course existe et que l’on peut la faire, il ne faut pas s’en priver. C’est LE triathlon à faire, le plus beau du monde. Rendez-vous en 2023 !!!!
